Partir, sans autre moteur que ses jambes, sa volonté et un peu d’audace. Depuis sa retraite, Catherine multiplie les voyages à vélo, seule ou en duo, portée par l’envie de vivre pleinement, au plus près de l’essentiel. Rencontre avec une femme qui n’a pas attendu la retraite pour rêver — et qui a su l’honorer quand elle est arrivée.
De la Norvège au Maroc, du bivouac sous la tente aux repas partagés chez l’habitant, elle trace sa route avec le sourire, l’intelligence du cœur… et une énergie communicative.
J’ai eu le déclic très tôt, adolescente. Le vélo m’est apparu comme une promesse de liberté, de grands espaces, de défis choisis, de sens en éveil. Mais entre mon métier d’infirmière en psychiatrie et l’éducation de mes cinq enfants, il me restait peu de temps pour de grandes échappées. Pourtant, chaque année, je m’offrais trois ou quatre jours seule à vélo. Une parenthèse précieuse, sans autre contrainte que celle que je décidais. Ce goût du voyage n’a jamais quitté mon esprit.
Exactement. À peine quelques jours après avoir quitté mon activité, à 59 ans, je suis partie avec mon mari direction l’Espagne, pour un mois de voyage en autonomie. Sous la tente, chez l’habitant, en auberge… l’essentiel, c’était d’être sur la route. Depuis, d’autres aventures ont suivi : la Suisse, l’Irlande, l’Allemagne, la France, puis Budapest, que j’ai rejoint seule à vélo pour retrouver ma fille en échange Erasmus. J’ai fait ce choix pour des raisons écologiques : je ne voulais pas prendre l’avion. Une belle expérience, parmi tant d’autres.
Oui, au printemps 2024. Seule, avec mon vélo « musculaire », 25 kg de bagages, et dix semaines d’itinérance à travers la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, puis la Norvège. En tout, 5 000 km parcourus, avec tout type d’hébergement, du camping sauvage aux hôtels. J’ai tout accueilli avec joie : la pluie, le froid, les rencontres, les imprévus… Mon corps et ma tête étaient parfaitement accordés. Aucun souci technique, aucune douleur, au contraire : mes douleurs au genou ont disparu grâce à la régularité du pédalage.
Non. Je vis simplement à vélo toute l’année. J’utilise un VAE pour mes déplacements quotidiens et j’ai parcouru 20 000 km en 7 ans avec lui. Pour les voyages, je reprends mon vélo de randonnée classique, équipé pour porter mes sacoches. Je fais attention à ce que je mange, je suis végétarienne, et je veille à garder un bon équilibre.
Oui, c’est l’un des plus grands plaisirs. Il m’arrive d’être invitée chez des habitants rencontrés sur la route, ou de demander l’hospitalité quand la météo est trop rude. Je n’ai eu qu’un seul refus. Une dame m’a dit un jour, au moment de mon départ : « Quelle chance j’ai eue que tu frappes à ma porte ! » Et elle avait raison : c’est une joie partagée. Plusieurs personnes m’ont ensuite rendu visite chez moi. Ces liens sont profonds, simples, humains.
Oh oui. J’avais 33 ans, en Suisse, une crevaison m’a arrêtée devant une vieille maison. Son propriétaire, Maurice, 90 ans, est venu me parler. Nous avons passé la journée à discuter comme de vieux amis. Nous sommes restés en contact sept ans, jusqu’à sa mort. Il aimait dire à mon mari en riant : « Si j’avais eu 20 ans de moins, elle serait restée avec moi ! » Il était joyeux, curieux, lumineux. Il m’a donné un modèle du « bien vieillir » : ouvert, plein d’enthousiasme, sans peur de l’imprévu. Une vraie magie.
Oubliez l’idée du défi sportif ! L’itinérance à vélo s’adapte à chacun : 20, 50, 80 ou 100 km par jour… tout est possible. L’important, c’est d’avoir envie. On progresse au fil des jours. Et si un jour je passe au vélo à assistance électrique pour mes voyages, ce sera très bien aussi. Le principal, c’est d’oser. De ne pas croire qu’il faut aller au bout du monde pour être dépaysé. Et surtout, de ne pas fermer les yeux sur les enjeux climatiques. Il est urgent de changer nos imaginaires. L’itinérance à vélo est un formidable chemin vers soi, vers les autres, et vers un monde plus vivable.
À 64 ans, Catherine ne pédale pas pour fuir la vieillesse, mais pour épouser le monde à son rythme. Entre convictions profondes, rencontres sincères et paysages grandioses, elle incarne une autre manière de voyager, de vieillir, et de rêver. En selle !