Numérique

Le numérique, ami ou ennemi de la mémoire ?

Le numérique fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Smartphones, tablettes, ordinateurs et applications façonnent nos façons d’apprendre, de communiquer et de nous souvenir. Mais cette présence constante est-elle bénéfique ou néfaste pour notre mémoire ? En réalité, tout dépend de l’usage que nous en faisons !

Le numérique, un allié pour stimuler la mémoire

Utilisé de manière réfléchie, le numérique peut devenir un véritable ami de nos capacités cognitives. L’accès à une quantité massive d’informations, de contenus éducatifs et d’outils interactifs favorise la stimulation cérébrale. De nombreuses applications d’entraînement cérébral, sous forme de jeux, quiz, exercices de logique ou de vocabulaire, sont spécifiquement conçues pour solliciter l’attention, la mémoire de travail et les capacités de raisonnement.

Le saviez-vous ?

Le cognitif désigne l’ensemble des processus mentaux impliqués dans l’acquisition de connaissances, tels que la mémoire, le raisonnement, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception et l’attention.

Les vidéos pédagogiques, podcasts et tutoriels permettent également d’apprendre en continu, à son rythme. Cette stimulation régulière participe à l’entretien de la plasticité cérébrale, cette capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions neuronales, tout au long de la vie. Selon certains travaux, un usage actif et ciblé du numérique pourrait même contribuer à préserver le déclin cognitif, notamment chez les personnes âgées.

 

Enfin, le numérique joue un rôle important dans le maintien du lien social. Les visioconférences, groupes de discussion et réseaux sociaux favorisent les échanges, stimulent la mémoire émotionnelle et soutiennent l’activité neuronale, en particulier lorsque les interactions en présentiel sont limitées.

Mémoire numérique ou mémoire digitale

La mémoire numérique, également appelée mémoire digitale, désigne l’ensemble des dispositifs permettant d’enregistrer et de conserver de manière fiable des informations sous forme binaire afin de pouvoir les consulter ultérieurement. Quelle que soit la technologie utilisée, elle repose sur trois éléments essentiels : un support physique capable de stocker l’information, un moyen d’enregistrement, comparable à l’écriture, et un moyen de restitution, assimilé à la lecture. « On parle de « mémoire » pour désigner les disques durs ou les serveurs, mais le mot est trompeur. Ce que nous appelons mémoire sur un ordinateur n’en reproduit en réalité qu’un seul aspect : le stockage » rappelle Jean-Gabriel Ganascia, membre de l’Observatoire B2V des Mémoires et spécialiste d’intelligence artificielle et d’éthique des technologies de l’information. La mémoire numérique accumule des données en quantités vertigineuses. Aujourd’hui, l’équivalent en nombre de caractères de la Bibliothèque nationale de France tient dans une clé USB. Mais cette capacité de stockage ne créé pas à elle seule du savoir ! « La mémoire humaine encode, organise, réinterprète et relie les informations à nos émotions. La mémoire numérique, elle, se contente d’empiler les données » indique l’expert.

Quand le numérique devient un ennemi de la mémoire

À l’inverse, un usage excessif ou passif des outils numériques peut nuire aux mécanismes de mémorisation. La surcharge d’informations sollicite en permanence l’attention et fatigue le cerveau. Notifications, messages, alertes et sollicitations multiples favorisent le multitâche, or le cerveau n’est pas conçu pour traiter efficacement plusieurs informations en même temps. Résultat ? Une baisse de concentration et des apprentissages moins bien consolidés.

 

Le numérique peut également réduire l’effet d’encodage, première étape essentielle de la mémorisation, qui permet d’intégrer de nouvelles informations issues de nos sens. Lorsque l’information est immédiatement accessible en ligne, le cerveau a tendance à fournir moins d’effort pour la mémoriser. Tout étant stocké dans le téléphone, la mémoire « naturelle » est moins sollicitée, ce qui peut diminuer la capacité à retenir durablement.

 

Le risque du tout numérique est également de devenir dépendant aux outils du quotidien comme le GPS ou les agendas numériques, ce qui tend à affaiblir l’autonomie cognitive et la capacité à mémoriser et à s’orienter par soi-même. Enfin, le phénomène du scroll infini entretient une consommation rapide et superficielle des contenus, au détriment de l’attention soutenue et de la réflexion.

IA et cerveau : alerte sur le risque de déconnexion cognitive

Une étude menée par le MIT Media Lab, qui s’intitule Your Brain on ChatGPT a exploré l’impact de l’IA générative sur notre cerveau. Son enseignement est clair : lorsqu’un individu utilise une IA générative pour rédiger un texte, les zones cérébrales liées à la mémoire de travail, à l’attention et à la planification sont nettement moins sollicitées que lorsqu’il rédige seul. Une forme de « dette cognitive » s’installe : plus on délègue à l’IA, moins notre cerveau travaille !

Numérique et mémoire : trouver le bon équilibre

Le défi n’est donc pas de renoncer au numérique, mais d’en faire un usage équilibré et conscient. Quelques gestes simples peuvent faire la différence, par exemple limiter les notifications, instaurer des moments sans écran dans la journée, notamment le matin et avant le coucher, et privilégier un usage actif plutôt que passif.

 

Mettre les écrans de côté offre un véritable répit à l’esprit et contribue à un sommeil de meilleure qualité. Ces parenthèses sans technologie sont idéales pour se consacrer à des loisirs créatifs comme la lecture, le jardinage ou le bricolage. En plus d’être agréables, ces activités sont particulièrement bénéfiques pour la mémoire. De nombreuses études montrent en effet que les personnes qui pratiquent régulièrement des loisirs stimulants, tels que le tricot ou le jardinage, présentent un déclin cognitif plus lent que celles qui ne s’adonnent pas à ce type d’activités.

 

Enfin, sachez que reprendre l’habitude de mémoriser certaines informations par soi-même, comme des numéros importants, des itinéraires simples ou des listes courtes, permet de maintenir votre cerveau en activité et de préserver ses capacités de mémorisation. Et pourquoi ne pas à nouveau apprendre des poésies comme à l’école ? C’est un exercice complet, accessible à tous, qui stimule le cerveau sans pression de performance. Et quel plaisir de partager de beaux textes avec sa famille et ses amis !

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