
De nombreux paysages naturels ont nourri des récits transmis de génération en génération. Rochers mystérieux, sources profondes, forêts qui murmurent… de nombreux lieux de Bourgogne-Franche-Comté ont longtemps inspiré légendes et croyances populaires. Derrière ces histoires fascinantes se cachent souvent des explications géologiques, naturelles ou historiques bien réelles.
Voici quelques légendes dont vous avez peut-être entendu parler. Toutes ces légendes possèdent bien sûr plusieurs versions, qui varient selon les époques, les villages et les croyances de chacun !

Près de Mâcon (71), les célèbres rochers de la Roche de Solutré et de Vergisson impressionnent par leur silhouette spectaculaire. La légende la plus connue est celle de la “chasse à l’abîme”, selon laquelle les chasseurs préhistoriques précipitaient des chevaux sauvages du haut de la roche. En réalité, ces formations sont d’anciens massifs coralliens fossilisés, formés dans une mer chaude il y a environ 160 millions d’années, puis mis à nu par l’érosion.

Ce rocher solitaire est lié à la célèbre légende de la Wivre, ou Vouivre, créature mythique mi-femme, mi-serpent des récits bourguignons. Selon la tradition populaire, elle y apparaîtrait uniquement la nuit de Noël, entre les douze coups de minuit, ni avant ni après. Ceux qui auraient la chance de l’apercevoir pourraient aussi découvrir son fabuleux trésor, gardé jalousement depuis des siècles.
Dans le Jura, près de la Source du Doubs, les habitants racontaient aussi autrefois l’histoire de la Vouivre liée aux eaux profondes, aux marais et aux grottes cachées. On disait qu’elle portait sur le front une pierre précieuse flamboyante, appelée escarboucle, qu’elle retirait parfois pour se baigner. Ceux qui tentaient de s’en emparer disparaissaient souvent ou étaient poursuivis par sa colère.
Autour de La Roche-en-Brenil (21), pas moins de huit pierres remarquables portent des noms évocateurs : le Poron Meurger, la Pierre Pelot, la Pierre du Dragon, le Perron des Lutins, la Pierre de la Balance, la Pierre Pointe, le Rocher Arthur et la Beuffenie, surnommée « la sorcière ». Chaque pierre possède sa propre histoire, transmise de génération en génération. Certaines auraient abrité des lutins, d’autres des dragons, des sorcières ou des créatures invisibles. Ces rochers aux formes étonnantes ont nourri l’imaginaire local et continuent encore aujourd’hui d’intriguer les promeneurs.

Dans le Morvan, les forêts ont toujours nourri l’imaginaire. Certains habitants racontaient que les arbres gémissaient et semblaient se parler lorsque le vent soufflait fort. Les sons étranges entendus dans les bois étaient parfois attribués à des esprits invisibles. D’autres disaient simplement qu’il fallait savoir “écouter la forêt”, car les anciens pensaient que les arbres vivants communiquaient entre eux.

À Tonnerre, dans l’Yonne (89), la Fosse Dionne intrigue depuis des siècles. Sa profondeur mystérieuse et son origine longtemps inconnue ont nourri de nombreuses légendes, comme celle du serpent basilic ou des sous du diable. Beaucoup l’imaginaient sans fond tant sa profondeur semblait inaccessible. En réalité, l’eau provient d’un vaste réseau souterrain : elle serait alimentée à la fois par les eaux de pluie infiltrées dans les failles calcaires et par la rivière Laigne, située entre la Côte-d’Or et l’Aube, par un parcours souterrain encore mystérieux de plus de 40 kilomètres.

À Saint-Léger-Vauban (89), la célèbre Pierre qui Vire a donné son nom à un hameau ainsi qu’à l’Abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, fondée en 1850. Cette immense pierre de granit est au cœur d’une ancienne légende. Son nom vient d’une particularité étonnante. Avant 1853, le rocher semblait pouvoir tourner ou bouger au moindre contact. Cet équilibre presque impossible fascinait les habitants, qui y voyaient un lieu mystérieux, parfois lié aux druides, aux anciennes croyances païennes ou à des forces surnaturelles. Ce phénomène a nourri l’imaginaire local pendant des siècles, jusqu’à ce que les religieux de l’abbaye la fassent sceller.

La légende du lac de Damvauthier (ou Dampvauthier) raconte qu’un village aurait autrefois existé à l’emplacement actuel du lac de Saint-Point. Depuis, les habitants des environs disent que, certaines nuits, notamment à la Toussaint, on peut encore entendre les cloches de l’ancienne église sonner sous le lac, comme un écho venu du passé. Cette histoire appartient au folklore local et fait partie des nombreuses légendes liées aux lacs du Jura et du Haut-Doubs.
Au cœur du Morvan, la Roche des Fées est un lieu entouré de mystère et de légendes. Située dans la Forêt au Duc, près de Quarré-les-Tombes (89), cette immense pierre intrigue depuis des siècles. Selon la tradition, elle aurait été déposée par des fées qui vivaient autrefois dans la forêt. Les habitants racontaient que ces créatures venaient danser autour du rocher pendant la nuit et protégeaient les voyageurs perdus. En réalité, il s’agit d’un impressionnant chaos granitique façonné naturellement par le temps, la pluie et le vent. Sa forme étrange et sa taille imposante ont nourri l’imaginaire populaire pendant des générations.